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mercredi 19 janvier 2022

QUAND ET COMMENT REAGIR ?

Dans le dojo, nous pratiquons un art martial, un art guerrier issu de ces vaillants samurai. Or sur les tatamis je n'ai encore jamais vu un partenaire se mettre dans la peau d'un agresseur prêt à vous tuer!

Alors peut-être qu'on simule et recrache notre agressivité sous une forme codifiée avec un partenaire complaisant? Et s'il est très complaisant, cela peut même nous viriliser par l'ajout de projection "hyperenvolée" ou il est projeté rien que par notre ki ou s'immobilisant à notre moindre contact et ainsi renforcer notre ego?

 

Notre pratique nous ramène sûrement à des archétypes (voir les travaux de Jung ….). Pour autant, l'entraînement aiki se fait dans la joie et la bonne humeur. On ne doit pas oublier que l'on pratique un budo. Une voie martiale qui répond de par son évolution à des codes, une étiquettes et grâce à O Senseï on est passé du bujutsu techniques de combat pour tuer au budo, art martial, voie martiale pour le développement de soi.

 

Durant l'entraînement, on devrait se rapprocher le plus possible d'un réel conflit mais en créant un cadre de travail pour être à l'aise et éviter d'éventuels traumatismes (aussi bien pour notre partenaire attaquant que pour nous-même l'agressé).

 

Pour cela, on doit prendre connaissance et maîtriser 3 paramètres qui sont la forme, l'espace et le temps.

 

 

La forme:

 

Notre position de départ, la garde, présente déjà une forme. En général on prend une garde neutre hanmi, attitude non violente, position stable, triangulaire de profil qui permet à l'énergie de passer (contrairement à une position de face qui bloquerait le passage et ferait monter la sauce, voir à ce sujet les positions des personnes en conflits  …).

Au niveau de la dynamique, cette position hanmi est similaire à une sphère qui est stable et équilibrée.

 

La technique de l'attaquant va l'entraîner dans une forme gestuelle spécifique à son choix. Ainsi une attaque shomen lui fera lever son bras et faire un pas en avant lors de la descente du bras.

Cette dynamique d'attaque va déformer la sphère vers l'avant comme un œuf.

 


L'espace:

 

L'attaquant fait une attaque en fonction de l'analyse de l'espace qu'il y a entre lui et sa cible. Cet espace doit être libre et la cible parfaitement définie pour atteindre le but.

L'espace qu'on prend pour un coup de pied est plus grand que pour un coup de poing.

 

 

Le temps:

 

Déjà quand peut on dire que l'attaque commence ?

L'attaque commence par un mouvement qui est à l'initiative de l'attaquant, qu'il initie et élabore dans son cerveau. Mais peut être démarre-t-elle avant par notre posture agressive qui initie la réponse (l'attaque) de notre partenaire ?

Selon le niveau de pratique, on ne verra l'attaque qu'à l'intention naissante dans le cerveau de l'attaquant, ou lors du mouvement physique de celui-ci, quand on voit la coupe venir sur notre tête. Après, c'est un peu tard pour réagir!

 

Mais quelle que soit l'attaque on se rend compte que ces paramètres sont liés. L'attaque ne naît que d'un geste, une forme définie qui se fait dans un espace défini dans un temps défini.

 

L'attaqué peut donc aussi jouer avec ces paramètres pour contrôler l'attaque. Un seul voir les trois pour les plus avertis. Mais en maîtriser un c'est les maîtriser tous car ils seront forcement modifiés.

 

La forme en modifiant notre posture.

 

L'espace en déplaçant la cible de place, donc notre corps, sortir de cette ligne d'attaque du kensen.

 

Le temps en le raccourcissant par anticipation de l'attaque ou en l'accroissant par notre déplacement juste avant ou lors du contact selon la technique envisagée.

 

On retrouve la notion de Ma-aï

 

Cet espace-temps dynamique qui nous unit entre Tori et Uke, espace physique qui est vide mais aussi espace mental entre les 2 personnes.

Le aï est le même que celui de l'aïkido, il y aussi une notion d'harmonie.

 

Il est aussi important de ne pas rendre méfiant l'attaquant. Car dès la pensée d'attaque dans son cerveau il va projeter celle-ci physiquement et le plus rapidement possible afin d'atteindre sa cible. Il est donc important de ne pas le perturber dans toute sa démarche. Sans compter que plus son attaque sera franche, authentique, plus il vous sera facile de l'esquiver.

Votre travail suppose de s'affranchir des peurs, des réflexes instinctifs, et d'avoir du sang-froid. Tout l'art de l’aïkido réside dans ce moment, ce point de non-retour de l'attaque. Vous devez travailler détendu, relax, serein, stable face à une attaque, faire un travail sans tension, sans raideur ou crispation. Ainsi vous serez en toute circonstance au centre de votre sphère que vous pourrez rendre dynamique selon les techniques.

 

Et inutile de mentaliser tous ces paramètres, l'attaque ne pourra vous en laisser le temps. C'est tout votre corps qui doit comprendre et bouger quand il le faut. On retrouve le concept zen de Mushotoku, être sans intention ni pensée. La plus parfaite perfection, la beauté du geste se trouve dans celui qui sait s'adapter au rythme, au mouvement sans opposition, être en harmonie !

 

Réfléchissez pas trop et pratiquez !

lundi 10 janvier 2022

MA-AI

  

 



 

 

 

2 Kanji pour cette notion:

 

Ma: kanji du haut, lit. intervalle, espace, entre. On trouve symbolisé la lune entre 2 portes.

C'est la lumière que l'on perçoit même par l'interstices de portes fermées.

Martialement, cela veut dire qu'il y a toujours un interstice, une faille dans votre partenaire qui est exploitable pour que vous puissiez faire quelque chose. La force est donc dans l'interstice, dans ce vide, aussi petit soit-il.

 

Aï c'est le même Kanji que dans celui de l'Aïkido. Il donne l'idée d'harmonie, d'ordre, de réunir, de faire un. Parler d'une même voix sous un toit (toit, un, bouche) !

 

Selon Tamura Sensei, le Ma Ai est la relation spatiale entre Aite et soi-même.

Cette relation n'est pas que l'espace, une distance entre lui et moi, il y a aussi les mouvements du cœur. De la peur et l'espace se rétrécit, de la confiance et l'espace s'agrandit ! Ma Ai, c'est l'espace qui naît aussi bien du cœur et de l'esprit, de soi-même et de l'autre qui englobe tous deux dans une évolution harmonieuse vers une position avantageuse.

 

Avec Ma Ai, on met de l'harmonie à toutes les distances.

 

Pour avoir une idée du Ma Ai on dit que si mon adversaire peut couper mon habit, c'est que je peux lui couper la peau. S'il peut me couper la peau, c'est parce que je peux lui couper sa chair.

 

 

Il existe par ailleurs, 3 distances entre des combattants qui sont définis ainsi:

 

Tôma

C'est la distance de 3 tatamis, soit 5, 6 m, c'est une distance éloignée avant le début d'un kata ou d'un combat. A cette distance, on a le temps de faire autre chose, fuir, changer de Kamae s'il le faut. C'est une distance qui ne permet pas le développement d'attaque surprise.

Chikima

C'est la distance proche. A cette distance les Kamae doivent se correspondre. La vigilance est de mise. On est au point de non retour. Il faut un ou 2 pas de plus pour toucher son adversaire.

Uchima

C'est la distance de frappe, de coupe. C'est la notion Issoku-Ittô, "un pas, un sabre". A n'importe quel moment l'attaque peut surgir, donc Zanshin à son maximum! On est dans la sphère de l'adversaire, on peut donc, frapper, saisir, couper, mais attention, lui aussi ! Mais c'est aussi là où d'un pas on peut s'échapper de l'attaque adverse, en reculant, en se plaçant à droite ou à gauche !

 

 

Il est utile de travailler cette notion avec les armes et de bien faire attention ! Une erreur de Ma Ai peut avoir des conséquences désastreuses ! C'est le Monouchi (les 20 derniers cm de l'arme qui est en contact).

 

 

Ma Ai est une affaire de distance, d'intervalle entre 2 combattants mais c'est aussi une histoire de temps. C'est donc un espace spatio-temporel ! Il faut un certain temps pour que votre adversaire franchisse la distance pour toucher sa cible. Cela veut dire qu'un combattant rapide aura un Ma Ai plus grand par rapport à un combattant plus lent ! Distance, temps, ça ne fait pas tout dans un combat ! Vous avez aussi l'espace mental, ce Kokoro no Ma Ai. C'est pouvoir saisir votre chance au bon moment, au bon timing. C'est trouver ce petit instant qui fait la différence, cette petite ouverture, cette lumière dans la garde de votre adversaire et qui vous donne une issue positive.

 

 

Avec Ma Ai, on l'a vu, on retrouve la notion de vide qui est intéressante à souligner car elle est partout. C'est grâce à l'espace vide d'une pièce que l'on peut y vivre. Comme l'utilité d'un verre, c'est parce qu'il est vide qu'on peut le remplir d'eau (eau j'ai dit !). Une musique est belle parce qu'il y a des vides …

 

 

Allez je me tais, vive la vacuité !

 


 

mardi 4 janvier 2022

COMMENT APPRENDRE ET DÉVELOPPER NOTRE AIKIDO ? EST-CE UNE DÉMARCHE PERSONNELLE ?

Je pense avant tout que c'est à l'élève de s'ouvrir à l'enseignement.

L'enseignant donne, l'élève prend ce qu'il a à prendre.

L'élève va le prendre directement de son enseignant, c'est un peu une transmission verticale.

Souvent le premier enseignant est le référant qui apporte les bases techniques mais aussi de

savoir-être dans la pratique. En espérant donner cela dans une forme qui reste cohérente même si

elle a forcément quelque chose de personnelle puisque transmise d'homme à homme !


Et puis il y a tout ce que l'élève peut prendre en dehors de ce courant qui pourrait être un courant

horizontal. A savoir tout ce qui peut le stimuler dans sa compréhension via les stages ou d'autres

pratiques qu'elles soient martiales ou non … l'idée étant de s'ouvrir et de prendre ce qui peut

nourrir sa pratique ! Le Do est partout !


Biens sûr, cela passe par l'apprentissage de la technique et de sa répétition. Pratique, pratique et

encore pratique. Les mouvements doivent être répétés encore et toujours afin d'être mémorisés,

acquis. C'est une phase de dur labeur, de pétrissage, mais c'est en forgeant que l'on devient

forgeron !


Habituellement l'enseignement est le suivant: le prof montre une technique, 2 ou 3 fois puis les

élèves travaillent et cherchent à reproduire ce qu'ils ont vu et ressenti. C'est la forme Ippon-geiko

traditionnelle (base, premier entraînement).

L'élève "copie" et fait par lui-même ce qu'il pense avoir vu et compris.

Or souvent ce que l'élève pense n'est pas ce qui est montré ! Donc pour éviter ce travers,

l'enseignant fait des corrections et/ou de nouvelles explications.


Comme le dis O Sensei, garder toujours l'esprit d'un débutant.


Il faut prendre les conseils, ne pas réfléchir, mais faire, rechercher les sensations de et par son

travail. L'enseignant vous guide, vous oriente sur l'aspect technique et "mental" de la situation, en

recherchant la sensation de l'instant de l'attaque, de la manière de sortir sain et sauf, de faire

l'attaque juste et la technique juste.

Une coupe Shomen Uchi doit faire penser véritablement à une coupe au sabre.

Le prof fait des corrections sur la posture, l'attitude pour avoir une technique exécutée qui soit

aïki et non pas un déploiement de force musculaire. Corrections sur le relâchement des épaules,

des bras, d'assouplissement notamment ….

L'idée est de travailler dans la sensation, dans la perception que l'aïkidoka puisse prendre dans la

technique gestuelle par un "copier-coller".

C'est pour cela qu'on insiste sur l'inutilité de la force musculaire, sur l'importance de la fluidité,

du relâchement, sur le centrage, sur le déplacement, sur la précision technique, sur l'entrée, sur le

rythme… l'efficacité si elle est recherchée vient une fois tout cela maîtrisé !

Il n'y a pas que Tori qui travaille ! Et pour que Tori travaille bien, il lui faut un bon, voir très bon

Uke !

C'est pour cela que traditionnellement pour apprendre, c'était les anciens qui étaient les Uke !

Uke doit faire une bonne attaque, cela implique de se donner totalement et d'être vigilant. Il ne

doit pas anticiper la réaction, il doit peaufiner son attaque comme si c'était à chaque fois sa

première et sa dernière. Etre en garde correctement, apprécier la juste distance, le Ma-aï, être

précis dans sa coupe ou sa saisie et s'engager de tout son Etre dans l'action dans le moment

opportun. En se donnant ainsi, il donne de quoi travailler à Tori. Et donner, c'est recevoir !

On sort aussi d'une répétition robotisée, monotone, vide de sens et chaque instant, riche en

énergie est vécu comme unique.


Plus tard ce greffera alors d'autres composantes à cette base qui doit devenir solide. Travail plus

fin du Ma-ai, du rythme, du Koshi (hanches), du Kokyu (respiration), du comportement Haragei,

des variantes, de l'unification de la technique en un seul temps …


Tout cela encore une fois, c' est pour travailler dans la perception, dans la sensation. Et éviter

comme on le voit trop souvent de travailler dans un modèle stéréotypé, figé, vide de ki !


Il arrive aussi que des pratiquants exercent une force inutile et désordonnée dans leurs pratiques.

Alors on voit apparaître une forme d'apprentissage chère à Maître Tamura qui est Hikitate-geiko.

Il écrit dans son livre : « Dans le cas où le pratiquant exerce une force inutile et désordonnée, il

est possible d’annuler les effets de cette force inutile, ceci sans bloquer la technique, mais

seulement les excès dans l’exécution de la technique. »

Du reste regardez ses vidéos, on le voit souvent "bloquer" ses partenaires quand c'est à eux de

faire la technique !

C'est le problème de cette méthode qui reste admirable quand c'était Sensei qui le faisait !

Car il faut déjà avoir un bagage technique et des connaissances réellement acquises pour faire

face aux blocages. Ensuite il faut qu'il soit fait justement par son partenaire ! ! ! Donc cela

implique "normalement" un partenaire plus gradé connaissant bien les techniques ! Beaucoup

bloquent mais non les excès de l'exécution de la technique !

On voit ainsi sur les tatamis de stupides situations de blocage qui perdent le sens de ce que l'on

fait mais qui hélas renforce une part d'ego du protagoniste qui ne comprend souvent pas ce qu'il

fait non plus! Et c'est tristement le cas avec beaucoup de ces nouveaux "Haut-gradés" pour

montrer leur pseudo supériorité !

Dans tous les cas, c'est vous-même qu'il faut voir dans votre technique. Vous devez vous juger

sur vos propres sensations. Le travail avec différents partenaires vous met dans des situations

différentes pour vous faire ressentir comment cela se passe avec vous-même. Ça passe? Ça passe

pas? Je suis trop raide? J'ai mis trop de force dans mes bras? Côté gauche ça coince ? ….

La démarche aïki entraîne beaucoup de questionnements sur soi. C'est une thérapie gestuelle !

Les partenaires sont là pour nous faire questionner et pour qu'on prenne ce qui est à prendre, pour

intégrer des notions qui deviennent avec le temps propre à nous-même.

Il reste à pratiquer !